14 Dec. 2021
Upcycling : pourquoi l'industrie doit-elle (et va) changer ?
"L'upcycling ça signifie littĂ©ralement recycler par le haut. C'est une forme de recyclage, c'est une maniĂšre de valoriser des textiles ou des vĂȘtements existants en les reconditionnant en de nouvelles piĂšces Ă la valeur supĂ©rieure." VoilĂ comment , cofondatrice du 1er mĂ©dia francophone sur la mode responsable  dĂ©finit l'upcycling. Dans la foulĂ©e de notre discussion avec  et  pour la sortie de leur collection capsule , Victoire vient complĂ©ter ce duo afin d'analyser les enjeux de l'upcycling dans l'industrie de la mode et de la sneakers. En abordant aussi les contraintes qui lui font barriĂšre, notre trio du jour met en avant la crĂ©ativitĂ© qui peut en dĂ©couler. Que ce soit dans la mode ou les sneakers, de nombreuses initiatives font bouger les lignes et comme le dit si bien Victoire, une Ă©claircie se dessine enfin Ă l'horizon pour la planĂšte : "On est vraiment dans une annĂ©e de shift et ce n'Ă©tait pas le cas avant. C'est gĂ©nial Ă vivre comme Ă©poque."
Lâupcycling dans la mode, le patchwork idĂ©al
L'industrie de la mode est une des plus polluantes au monde et donc souvent au cĆur de l'attention lorsqu'il s'agit de DĂ©veloppement Durable. C'est donc assez logiquement que les actions en rĂ©ponse Ă ces attentes se multiplient comme l'explique la fondatrice de : "Il y a un level up en termes de propos stylistique qui amĂšne une vraie transition industrielle. (...) Les marques qui apprĂ©hendaient lâĂ©coresponsabilitĂ© rĂ©alisent quâil y a un vrai potentiel de marchĂ©. L'upcycling, c'est une maniĂšre de montrer sa bonne foi environnementale, de gĂ©nĂ©rer de l'argent en ne crĂ©ant pas Ă partir de matiĂšres premiĂšres et de renouveler une proposition de valeur esthĂ©tique, vers quelque chose dâunique." Les crĂ©atifs de WWWESH STUDIO abondent dans ce sens et rappellent l'envergure que doit prendre le changement : "L'upcycling ne doit pas ĂȘtre considĂ©rĂ© comme lâissue finale mais comme une dĂ©marche Ă intĂ©grer dans son processus crĂ©atif, dĂšs le dĂ©but". De Massa Studio souligne aussi l'importance d'un engagement Ă 360 degrĂ©s de la part des marques : "MĂȘme si il est plus simple pour une jeune marque qu'un mastodonte du secteur de rĂ©pondre Ă ces nouveaux enjeux... Beaucoup d'acteurs sont encore positionnĂ©s sur un crĂ©neau qui relĂšve de l'engagement superficiel."
La sneakers doit accélérer le pas
Alors que De Massa Studio cite à juste titre la Future Craft Loop d'adidas comme "l'initiative qui a apporté le plus d'espoir dans l'univers de la sneakers en 2019", WWWESH STUDIO fait appel à sa propre expérience pour aborder les possibilités d'upcycling dans la sneakers : "On a fait une Tn C qui était un mélange de Tn et de Converse. à la fin de cette collaboration il nous restait plein de matiÚres premiÚres, plein de bouts de Converse, plein de languettes de Tn. On s'est associé avec une jeune designeuse qui s'appelle Sarah Moh et qui fait de l'upcycling. On lui a donné carte blanche et elle a pu créer des vestes, des sacs..." Comme si le vieil adage de Lavoisier "rien ne se perd tout se transforme" n'avait jamais été aussi pertinent. La fondatrice de The Good Goods cite aussi de nombreux créatifs comme ou Galoche & Patin qui donnent "un coup d'accélérateur depuis plusieurs mois" dans l'upcycling dans le monde de la sneakers.
Mais si les crĂ©ations responsables se multiplient sur les rĂ©seaux, selon Victoire, le monde de la basket est encore trop lent : "Les marques ne vont pas assez vite, compte tenu des enjeux. Ces initiatives ont le mĂ©rite d'exister mais soyons francs, initialement ça relevait du greenwashing. La chaussure est une industrie dans laquelle il y a Ă©normĂ©ment d'argent, les changements systĂ©miques peuvent aller vite. La basket est hyper en retard en comparaison aux autres segments de la mode. Il y a beaucoup de R&D (Recherche & DĂ©veloppement) en cours, comme Gucci qui dĂ©veloppe Demetra, sa propre matiĂšre vegan ou encore adidas qui dĂ©cline ses paires iconiques en version vegan comme la Stan Smith Mylo. Ce sont des signes faibles, mais on va dans la bonne direction." Encore en retard par rapport Ă son potentiel, la sneaker avance cependant dans la bonne direction. Mais si les planĂštes semblent s'aligner, quels sont les freins qui empĂȘchent l'industrie de se mettre au vert ?
L'upcycling ou la contrainte vertueuse
"La sneaker c'est un produit qui est difficile Ă recycler parce que c'est un produit qui est collĂ© et qui est fait pour durer dans le temps, et du coup c'est assez complexe Ă upcycler et Ă rĂ©utiliser, mais les marques se penchent dessus, comme Nike avec ISPA etc...", comme le prĂ©cise WWWESH STUDIO, intrinsĂšquement, la basket est difficile Ă recycler. Mais l'upcycling, c'est une approche diffĂ©rente de la contrainte "parce qu'on place certains intĂ©rĂȘts auâdessus. On compose en rĂ©utilisant, tu es forcĂ© de t'accommoder des contraintes. Cela demande aussi plus de temps, c'est pour cette raison qu'on a dĂ©veloppĂ© et appliquĂ© notre matrice de pricing Ă chaque maillot pour SHORTâLIST. Pour faire de l'upcycling, il est primordial d'avoir un process trĂšs rodĂ©", comme l'explique le duo derriĂšre De Massa Studio.
Un process rodĂ© qui peut se rĂ©vĂ©ler rassurant pour le consommateur craignant l'aspect secondeâmain de l'upcycling. Victoire identifie mĂȘme cette crainte comme l'ennemi n°1 de l'upcycling pour le consommateur : "Le frein est liĂ© Ă une peur, elleâmĂȘme liĂ©e Ă l'ignorance. C'est toujours le mĂȘme mĂ©canisme. La peur que le produit soit de mauvaise qualitĂ©, la peur que l'esthĂ©tique soit diffĂ©rente, que le produit soit sale... Ces peurs peuvent ĂȘtre dĂ©construites par l'information qui est une Ă©norme opportunitĂ© pour les marques de faire du storytelling intelligent." Toujours s'adapter, voici une qualitĂ© qui semble inhĂ©rente Ă l'upcycling. Mais, malgrĂ© les craintes et les peurs autant cĂŽtĂ© marque que cĂŽtĂ© client, les choses changent. Et si tout le monde avance dans le mĂȘme sens, une vision optimiste est alors possible, et Victoire est convaincue de ce nouvel horizon : "On est vraiment dans une annĂ©e de shift. Toutes les initiatives Ă©taient gĂ©niales mais non industrialisables en l'Ă©tat, petit Ă petit, on y arrive. C'est une Ă©poque gĂ©niale Ă vivre !"
"L'upcycling c'est l'art de la débrouillardise"
Estâce que l'upcycling est accessible Ă tous ? Estâce que tout le monde peut upcycler ? Qu'est ce qu'il faut pour upcycler ? Pour Victoire, la rĂ©ponse est simple : "Je dirais qu'il faut oser. Lâupcycling te pousse Ă ĂȘtre crĂ©atif Ă travers la contrainte. C'est l'art de la dĂ©brouillardise et c'est une fantastique maniĂšre de pousser ses propres limites." Des limites qui sont dĂ©sormais sans cesse repoussĂ©es Ă l'Ăšre des rĂ©seaux sociaux, qui ouvrent le champ des possibles : "C'est une opportunitĂ© de renouveler une proposition crĂ©ative et stylistique sans prĂ©cĂ©dent. Aujourd'hui, des comptes comme Robin LRDR qui utilise des couvertures de grandâmĂšres pour faire des quilt jackets, c'est magique. Jusqu'ici dans l'histoire de la mode il y a trĂšs peu de choses qui ressemblent à ça." Pour les consommateurs comme pour les marques, il faut donc oser car comme l'explique Klem : "Vu la quantitĂ© de dĂ©chets gĂ©nĂ©rĂ©s par cette industrie, il est urgent de se tourner vers de nouveaux modĂšles beaucoup plus circulaires. Et Ă ce titre, l'upcycling reprĂ©sente clairement une source d'opportunitĂ©s. Des centaines de petits crĂ©ateurs Ă©mergent avec de beaux projets, de belles intentions et je crois qu'il y a beaucoup d'entreprises qui ont besoin de se rĂ©inventer. Mais les initiatives vertueuses ne doivent pas nous affranchir d'une profonde remise en question. Sans vouloir ĂȘtre alarmiste, il faut que les choses Ă©voluent drastiquement et rapidement."
Un futur customisable
Et pour que les choses Ă©voluent rapidement, Victoire se prĂȘte au jeu des pronostics pour l'avenir de l'upcycling et appelle Ă "un coup d'accĂ©lĂ©rateur qui va amener Ă l'industrialisation" et "des collaborations entre les crĂ©ateurs de niche et les grandes marques". Elle conseille aussi aux marques de prendre rapidement le pli du custom : "La dimension de la personnalisation est hyper importante. Les marques doivent se mettre au service de la crĂ©ativitĂ© de leurs clients et faire du surâmesure quelque chose de standard." Un chemin vers une industrie moins polluante existe donc bel et bien et mĂȘme s'il reste encore beaucoup de distance Ă parcourir, une vision plus optimiste de l'avenir est enfin possible. Pour que la mode et la sneakers redonnent des couleurs au patchwork de la planĂšte.
La collection capsule a fait l'objet d'un drop exclusif sur  et n'est désormais plus disponible à la vente.
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